Ce livre est une chasse au trésor.
Je m'explique: un texte de 500 pages, parsemé de phrases, d'images et d'aphorismes. De vraies pépites qui m'ont poussé à avancer dans ma lecture dans l'espoir d'en trouver une de plus. Je n'étais pas déçue.
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Pour la petite histoire: On suit Ferdinand Bardamu, alter-ego de Céline, à travers ce récit semi-autobiographique.
Il s'engage dans la 1ère guerre mondiale, puis il passe aux colonies africaines, pour ensuite partir vers l'Amérique. Étant un éternel insatisfait, il retourne en France pour y passer le restant de ces jours (du moins jusqu'à la fin du livre).
Il s'agit là du timeline du livre, mais en réalité, il s'agit d'un récit décousu, une longue suite d'évènements stériles qui ne semblent mener nulle part.
La première moitié du livre véhicule des messages tels que:
- l'anti-militantisme (en réalisant l'absurdité tragique de la guerre moderne)
- l'anti-colonialisme (via une description satirique des colonies)
- l'anti-capitalisme (en montrant l'abrutissement des ouvriers dans la grande industrie américaine)
Du reste, entre Paris et Toulouse, une suite d'anecdotes ordinaires.
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Bardamu est l'anti-héros par excellence : partout où il arrive, il ne résout rien.
Par le biais de son récit à la notoriété pessimiste, il nous démontre la vacuité de son existence.
Il nous présente un voyage d'un désillusionnement absolu, cynique, animé d'une détestation violente de la race humaine.
Vous me direz que c'est un roman nihiliste ; le mot "nihilisme" n'arrive pas à saisir l'essence de cette littérature. Pensez: Cioran en plus gorgé d'humour noir, et là vous aurez Céline. (au passage, je vous recommande vivement "de l'inconvénient d'être né" de Cioran, si vous aimez le dark & twisted)
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Passons. Ce premier roman de Céline est doté d'un style révolutionnaire: il est écrit avec une langue parlée, gorgée de fautes de grammaire et de syntaxe.
"Une poésie en prose" que l'appela Fabrice Luchini.
Ce style oral nous permet donc d'entrer dans la tête de Bardamu ; au bout d'un moment, on finit même par parler tout comme lui. Immersion totale dans le récit.
Un réalisme d'une vivacité désarçonnante et une construction stylistiquement éblouissante. D'ailleurs, Céline disait de lui même qu'il était un Styliste et que le sujet ne l'intéressait pas.
Autre remarque par rapport au style: cette écriture est rafraîchissante, charmante, aux nuances humoristes qui tendent à nous prendre au dépourvu.
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Ferdinand (Céline ou Bardamu) nous crache dessus des bribes perspicaces et révélateurs sur la nature humaine. Il veut aussi nous convaincre de sa vision: voyage au bout de sa nuit intérieure, ou comme tout le monde le dit si bien: ceci est un voyage au bout de l'Homme.
Ce voyage en 4 parties: Paris - Afrique - Amérique - Europe : Partout c'est ma même chose, partout la même vie. Tout est dérisoire. Tout ne sert à rien.
Céline, ce pessimiste, anarchiste désenchanté, sans but, sans idéal, nihiliste, misanthrope, auto-destructif, et j'en passe. Il partage avec nous une vie qui n'a pas de sens, ni de cause qui en vaille la peine.
Ce n'est pas surprenant qu'il était l'auteur préféré de Bukowski. Ha!
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Céline était-il un idéaliste raté? Ceci est-ce un récit édifiant?
À vous de me le dire.