Il s'agit, là, d'une oeuvre posthume de Stefan Zweig, écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien. C'est le dernier texte qu'il écrivit au Brésil, à Pétropolis, peu avant de se suicider avec sa femme, et ce, face à la montée du nazisme en Europe.
Au bord d'un paquebot (cadre cosmopolite, en dehors de tout conflit), Mirko Czentovic, champion du monde en échecs, accepte de jouer une partie contre quelques passagers. C'est là qu'un inconnu (qui prétend ne pas avoir joué pendant plus de vingt ans) surgit de nulle part et les aide à accomplir un "pat" (égalité) contre Czentovic, ce qui est, en soi, un exploit remarquable. Mystère! Qui est cet homme qui a réussi à déstabiliser le champion imbattable et comment a-t-il pu achever un tel niveau en échecs pour qu'il puisse tenir tête à un joueur de renommée?
Une mise en abîme (deux récits enchâssés = deux analepses) nous permet de plonger dans le passé de ces deux personnages phares, et non sans intrigue! Suspense palpable et descriptions tranchantes sont au rendez-vous.
Zweig, maître de la nouvelle et des portraits psychiques des personnages, parvient à nous emporter sur un fond socio-politique du début du XXe et à nous imprégner du passé des personnages.
Ces derniers nous sont exposés avec un contraste grossier :
Czentovic: illetré, cupide, rustre, doté d'une intelligence linéaire.
Alors que le Dr. B (l'inconnu): homme de science, raffiné, doté d'une imagination spatiale et d'une imagination débordante.
Stefan Zweig évoque des thèmes divers tels que:
- La monomanie (des échecs en l'occurence)
- L'isolement qui provoque la folie
- La vertu salvatrice du livre, de l'intellect
- Comment l'on reste prisonnier de son passé, etc.
On est ainsi menés à travers les lignes, devenant nous-même des pions dans l'échiquier de l'auteur. Ce chef d'oeuvre psychologique, huis-clos superbement mené, fut le testament de Zweig.