J'ai refermé ce livre avec un sentiment aigre-doux. Je voulais le finir mais j'ai eu du mal à le faire : je ne voulais pas quitter Simone, Zaza, Poupette, Herbaud, Stépha, et les autres.
Simone de Beauvoir était une femme attachante. Elle nous parle à cœur ouvert dans ces Mémoires de son enfance, de son adolescence et de sa première jeunesse, de son instruction au cours Désir jusqu’à son agrégation de philosophie. Au fil du temps, elle a pris confiance en elle, a lu des tas de livres, s’est liée à des gens intéressants, puis elle a perdu des amis, des amours, et la foi aussi. J’ai été particulièrement sensible à cet abandon de foi, une apostasie qu’elle affirme et réaffirme tout en admettant que la religion marquait encore sa vision du monde et que son système de valeurs restait profondément chrétien. Au fond, je reste convaincue que les valeurs qu’on nous inculque dès notre plus jeune âge ne nous quittent jamais tout à fait… Son exigence envers elle-même, sa gaucherie et sa froideur apparente m’ont touchée : je me suis reconnue dans cette apparence de marbre qui souvent cache beaucoup de tendresse et de douceur. « moi je souriais mal, je ne savais pas faire du charme, de l'esprit ni même des concessions ». J'ai vécu son chagrin d'amour comme si c’était le mien, j’ai ressenti ses doutes, ses malaises, ses extases comme si c’était moi qui parlais. J’ai admiré sa soif d’apprendre, sa rébellion têtue, sa quête de la liberté.
Etre partagé entre l’empathie et le sens critique, l’amour et la méprisante indifférence, la solitude et la sociabilité, la joie de vivre et « cet absolu de solitude et de désespoir qui justifie tous les dérèglements » elle avait une seule constante : l’envie d’être quelqu’un et de faire quelque chose ; le pressant désir d’écrire, d’être utile.