Un livre agrippant au point de m'interdire le sommeil! Ce roman est un concentré d'énigmes, de tourments et de fausses-pistes à l'odeur de pages jaunies de livres délaissés.
Carlos Ruiz Zafón nous transporte dans les méandres de sa toile méticuleusement tissée, sans omettre aucun détail. On y rencontre maintes réflexions philosophiques, divers profils psychologiques, le tout doté d'un halo fantasmagorique pointé d'humour ciblé. Sans oublier le voile macabre qui enveloppe chaque tournure du récit.
L'auteur nous dépeint Barcelone, femme orgueilleuse, mystérieuse, aux mille caprices. Un portrait vibrant d'une scène qui nous est palpable. À travers les lignes, on est tourmenté par les pensées de Daniel, on ressent les gouttes de pluies ruisseler sur notre chair, on a le coeur qui bond à la vue d'un fantôme, on arrive à effleurer la peau translucide de Clara et de frissonner au désir de Béa. On est meurtris, surpris, ahuris, vivants, soulagés, souffrants.. Ce récit dédoublé, composé de bribes de souvenirs empruntés aux mémoires des différents personnages, nous transporte d'époque en époque, d'un endroit à un autre. Des endroits qui nous sommes désormais familiers jusqu'aux petits détails.
Ceci dit, on peut reprocher à l'auteur certains points. À savoir:
- L'amour unissant Daniel et Beatriz: Tout s'est passé dans la hâte, dans l'empressement juvénile des deux adolescents, sans avoir sur quoi fonder cet "amour" naissant. Carlos Ruiz Zafón voulait, à tout prix, calquer la vie de Daniel sur celle de Juliàn. Cet acte désespéré nous arrache de la dimension réelle des faits, pour nous rappeler le volet fantastique qui enveloppe le roman.
- Les femmes de l'histoire, réduites au rôle de victimes, femmes fatales ou de narcissiques, font que la virilité de la narration ne se dissipe que lors des moments de plaisir de la chair. Certes, l'objectivation, parfois comique, de la femme, sert à dénoncer (consciemment, ou pas) la mentalité de la gente de cette époque (High Five Carlos!)
À la dernière page, mystère percé, boucle bouclée; la main invisible de l'auteur se pose sur la notre et nous aide à fermer ce livre dans lequel on vient tout juste d'insuffler une âme.
Les pages hantées de "L'ombre du vent" regorgent de peurs, d'amour et de tragédies. Des pages dont je n'oublierais pas les gravures de sitôt.