Ce roman autobiographique est à l’image de son titre : doux, tendre, subtil, poétique. J’étais familière de Halimi l’avocate, mais j’ignorais qu’elle écrivait bien. Et dire que j’ai failli passer à côté d’une si jolie plume.
Le premier tiers est simplement sublime. Difficile de poser ce livre tant on est pris par la narration de cette enfance vécue à la Goulette. Et ce passage qui explique le titre, magnifique.
Le roman est surtout tourné vers le père, Édouard. La relation à la mère, Fortunée, est plus conflictuelle, celle-ci étant plus stricte et rigide dans sa pratique religieuse. Ça donne envie de lire [b:Fritna|4569927|Fritna|Gisèle Halimi|https://i.gr-assets.com/images/S/compressed.photo.goodreads.com/books/1499350668l/4569927._SY75_.jpg|4619276], autre roman de l’autrice autour de cette relation.
Gisèle Halimi s’engage avec fougue contre toutes les injustices : guerre d’Algérie, reconnaissance du viol comme crime, abolition de la peine de mort, anticolonialisme… un parcours impressionnant et des procès tous aussi importants les uns que les autres.
J’aurais juste aimé un peu plus de structure dans les deux derniers tiers. Un peu moins de va-et-vient et des passages ordonnés chronologiquement.
La mort, la vieillesse, la justice, la guerre, le colonialisme, la maternité, le féminisme, le couple... tant de sujets qui se côtoient. Et si finement qu’au bout d’un moment j’ai arrêté de surligner car j’allais surligner la moitié du livre. On y rencontre aussi des noms familiers : Sartre, Beauvoir, Aragon, Malraux… et je trouve ça passionnant, on en a presque l’impression de les connaître personnellement.
« Madame ou mademoiselle? » Que doit répondre une divorcée ? J’avais été mariée, je ne le suis plus, je ne suis plus madame l’épouse, mais je ne suis pas davantage mademoiselle la jeune fille. Le madame tout court me semble trompeur. Il veut me mettre mal à l’aise, me faire perdre mes moyens, nul doute possible. En quelques fractions de seconde, je découvre le complot. Dans un éclair de lucidité, grâce à l’alcool.
« Appelez-moi Maître, monsieur le Président ! »