Il s'agit d'une réécriture moderne de la pièce de théâtre écrite par Sophocles.
Antigone, fille d'Oedipe, cherche à enterrer son frère (Polynice), qui, considéré comme traître, a été condamné, par le roi Créon, à périr dans un trou, sous le soleil brûlant de Thébès, en proie aux vautours.
Par cet acte, Antigone sait qu'elle signe son arrêt de mort, car celui qui osera s'opposer au verdict du roi sera condamné enterré vivant.
La deuxième moitié de la pièce se résume au dialogue qui a eu lieu entre Antigone et Créon. Persécuteur et persécuté.
D'une part, le roi, tentant de rationaliser la situation et de trouver des issues afin qu'Antigone ne soit pas exécutée. D'une autre part, Antigone, forte, déterminée, téméraire, prête à tout pour ses convictions.
Elle refuse même de vivre pour "le bonheur". C'est ainsi qu'a été introduit l'un des thèmes majeurs de la pièce: le bonheur comme compromis Vs la liberté inconditionnelle.
Là, on est de plus en plus sûr qu'Antigone aime le tragique. Elle s'en délecte. Elle confirme l'inévitabilité de l'inévitable comme condition inhérente à la tragédie grecque.
À un moment donné, elle dit: "Moi, je n'ai pas dit "oui"." C'est ainsi qu'elle déclare sa révolte: seul acte qui résout l'absurde. Elle devient, donc, femme libre.
Notons que cette pièce a été écrite en 1944, dans la même année que l'Étranger, d'Albert Camus. D'ailleurs, Meursault et Antigone ont plusieurs points en commun, dont les plus proéminentes sont: la même révolte et la même mort absurde.
Ce qui fait que cette fatalité soit moderne est le fait que cette mort ne fut pas une décision des Dieux, mais bel et bien celle de l'Homme. Ce tragique, animé de détresse idéaliste, sert ici comme reflexion sur l'absurde.
Absurde, dont la pesanteur angoissante entraîne le mouvement lucide de la révolte.
Ici se pose la question fondamentale de l'existentialisme: la vie, vaut-elle, ou non, d'être vécue? (cf. Mythe de Sisyphe - Albert Camus)
"Vivre, c'est faire vivre l'absurde. Le faire vivre, c'est avant tout le regarder. L'absurde ne meurt que lorsqu'on s'en détourne.", dit Albert Camus.
Qui a donc raison? Antigone ou Créon?
Antigone: héroïne ou coupable?
Créon: tyran manipulateur ou homme de devoir?
Force des idéaux, liberté, révolte, bonheur, notion du devoir, fatalité, absurde, etc.
Tous, thèmes au coeur de ce chef d'oeuvre revisité.